Historique

Introduction, création de l’auriculothérapie

Paul Nogier, le créateur de l’auriculothérapie, était un médecin généraliste dont la particularité avait été d’étudier la physique avant de se lancer dans le cursus médical.

À une époque où la chimie régnait sur la thérapeutique, son originalité fut d’entrevoir les possibilités qu’offraient les traitements physiques. Il s’intéressa au départ à l’homéopathie, puis à l’acupuncture et à la médecine manuelle.

En 1951, il constata chez un de ses patients une guérison spectaculaire de sciatique obtenue par une guérisseuse de Marseille, Madame Barrin. Le traitement avait consisté en une cautérisation de la racine inférieure de l’anthélix. Paul Nogier, après avoir lui-même expérimenté cette technique, confirma que la cautérisation de cette oreille entraînait une sédation des douleurs sciatiques et uniquement des douleurs sciatiques.

Il eut alors l’intuition que la racine de l’anthélix était en correspondance avec la région lombo-sacrée, et qu’il existait sans doute une somatotopie auriculaire. À partir du « point de Barrin », il chercha à élaborer une cartographie précise des organes sur l’oreille et décrivit une somatotopie auriculaire inversée : pieds en haut, tête en bas. Les cartographies qu’il publia entre 1956 et 1987 évoluèrent et s’affinèrent.

Historique de la création des cartes auriculaires

Pour élaborer une cartographie cohérente, Paul Nogier employa différentes méthodes.

L’étude des formes du pavillon permit dans un premier temps de cerner des zones probables, d’établir des rapports de contiguïté, de raisonner en fonction des étages vertébraux, de tenir compte de la possibilité d’une certaine métamérisation.

Il y eu schématiquement deux périodes :

1951-1958 Élaboration des premières cartes auriculaires

Période de la recherche des correspondances entre la périphérie et les points d’oreille par stimulation périphérique nociceptive ou stimulation des points auriculaires.

Paul Nogier précise parfaitement dans le traité d’auriculothérapie paru en 1969 comment il a conduit ses recherches :

« Chez un homme sain, une excitation périphérique, convenablement choisie, permet de recueillir au niveau d’un des pavillons une information majeure toujours au même endroit pour un même lieu d’excitation. »

« On comprend alors qu’un trouble pathologique puisse, en jouant le rôle d’un excitateur ou d’une combinaison d’excitateurs, se manifester en des points très précis repérables d’avance. »

Voici les différents procédés utilisés durant cette période pour découvrir les points d’oreille :

a) Correspondances pathologiques : la recherche systématique des douleurs vertébrales ou des membres pour vérifier et préciser les points correspondants sur l’auricule à l’aide du palpeur à pression.

b) Preuves thérapeutiques : étude des succès thérapeutiques en utilisant les points trouvés.

c) Observations particulières : étude de certains malades qui présentaient une sensibilité particulière et se trouvaient dans un état tel que la simple palpation de certains points d’oreille réveillait dans la région périphérique correspondante une douleur diffuse.

d) Confirmation électrique : emploi de la détection électrique utilisée à partir de 1963 pour confirmer les localisations déjà décrites.

e) Preuve expérimentale : étude par stimulation sélectives.

  • excitation des zones périphériques et recueil des informations à l’oreille : il s’agissait de refroidir quelques instants la région périphérique avec une vessie de glace, pour voir apparaître sur le pavillon une sensibilité excessive à la chaleur au point correspondant. La chaleur sur le point devenant insupportable.
  • excitation des points auriculaires et étude de la périphérie : chez un sujet sain, l’excitation d’un point auriculaire par la chaleur modifie sur la partie correspondante la sensibilité au froid.

Ces différents procédés permirent à Paul Nogier de dessiner les grandes lignes des localisations de l’oreille. Dès 1956, la cartographie qu’il proposait préfigurait les cartographies actuelles.

Paul Nogier, 1956

L’appareil locomoteur était bien décrit. En 1959, les localisations de la conque était précisées. Cependant, Paul Nogier se heurta à des difficultés pour préciser les correspondances des glandes endocrines et du système nerveux central.

Paul Nogier, 1959

Paul Nogier, 1966

Paul Nogier, 1970

1968 – 1987 La collaboration avec René BOURDIOL

Recherche des localisations à l’aide du R.A.C. (Réflexe Auriculo-Cardiaque)

René Bourdiol en 1966 arrive au G.L.E.M. (Groupe Lyonnais d’Études Médicale) et va vite s’intégrer dans l’équipe de recherche autour de Paul Nogier. Il apporte son savoir en neuro-anatomie.

La connaissance de l’embryologie et de l’innervation de l’oreille permet de distinguer les dérives de l’endoderme, du mésoderme et de l’ectoderme.

En 1965, Paul Nogier découvre fortuitement un nouveau phénomène qu’il appelle le R.A.C.

Lorsque l’on touche un point d’oreille sensibilisé par une information périphérique anormale, le pouls radial se déforme. C’est grâce à ce R.A.C qu’il va travailler à peaufiner les localisations de l’oreille.

Aidé par René Bourdiol, il publie avec lui une planche de localisation très précise en 1975. Plus tard en 1987, avec Françoise Petitjean et Alain Mallard, il retouche ses localisations en ajoutant les points de phase.

Jusqu’en 1968, il s’agissait d’étudier les correspondances périphérie-auricule tout en stimulant la périphérie par des procédés physiques nociceptifs : chaud, froid, pincement, etc. Cela permettait d’étudier alors sur l’oreille les modifications de la sensibilité des points ou leur changement de résistance électrique.

Après 1968, l’excitation périphérique consiste en des procédés non nociceptifs.

Paul Nogier utilise une stimulation photonique indolore. Il stimule la peau du sujet examiné avec des photons qui traversent une préparation biologique d’un tissu étudié.

Pour cela, il place des anneaux tests sur la peau. En plaçant par exemple un anneau-test constitué d’un tissu d’estomac sur la peau du bras d’un sujet sain, il va étudier sur l’oreille les répercussions de cette stimulation périphérique. Pour cela il utilise le R.A.C.

Il va scanner les points d’oreille en les stimulant ponctuellement de différentes manières et note quel est ou quels sont les points qui réagissent à cette stimulation. À l’aide de l’anneau-test d’estomac posé sur la peau en périphérie, il est donc possible en s’aidant du R.A.C. de découvrir un point auriculaire correspondant à l’estomac.

C’est ainsi que Paul Nogier a pu dresser une carte détaillée des correspondances auriculaires. Ces recherches basées sur un phénomène subjectif ont nécessité des préparations biologiques et anatomiques longues et fastidieuses.

Aujourd’hui quels sont les problèmes liés aux cartographies auriculaires ?

Les cartographies de Paul Nogier publiées à partir de 1956 ont été d’abord copiées puis arrangées par différentes écoles.

Tant et si bien que nous voyons aujourd’hui de nombreuses cartographies différentes (Italie, Chine, U.S.A.). On peut donc expliquer ces disparités de plusieurs manières.

Confusion sur la nature des points d’oreille : il semble que sur l’oreille, les points ne soient pas tous de la même nature.

Il existe de points douloureux, des points de moindre résistivité. Vraisemblablement ces points ont des fonctions différentes. Or certains auteurs ont cherché des correspondances en étudiant les points douloureux sur l’oreille, d’autres en étudiant des points de moindre résistivité. Cela est sans nul doute une source importante d’erreur.

Le point d’auriculothérapie est très complexe, comportant notamment des cellules de Langherans et des vaisseaux lymphatiques.

Il est tout à fait licite de penser qu’une stimulation d’un point auriculaire par une aiguille va non seulement stimuler le système nerveux mais va aussi activer des cellules présentatrices d’antigènes qui vont migrer dans des ganglions de proximité déclenchant une recirculation lymphocytaire dans tout l’organisme et principalement en direction des organes cibles. Ces cellules sont à la base même des sécrétions d’interleukines elles-mêmes modifiant le travail de certains noyaux centraux et notamment l’hypothalamus.

Cette complexité liée à la nature des points explique en partie les différents effets observés lors de la stimulation d’un point auriculaire.

Confusion sur la précision du point : certaines cartes proposent des localisations d’organe très précises sous forme ponctuelle.

Paul Nogier avait innové en 1987 en publiant des localisations auriculaires très large qui représentaient des zones de probabilité de rencontrer un ou plusieurs points d’organe.

Dès 1987, à Séoul, lors d’une réunion de l’O.M.S., ce problème a été soulevé.

Confusion sur l’interprétation sémiologique : une douleur du pied peut être due à une épine calcanéenne, ou à une compression du nerf sciatique. Les points sur l’oreille seront alors différents.

Certaines écoles qui ont publié des cartographies auriculaires n’ont pas tenu compte des paramètres sémiologiques.

Confusion entre acupuncture et auriculothérapie : l’auriculothérapie utilise des aiguilles d’où l’inévitable confusion avec l’acupuncture somatique qui utilise elle-même des aiguilles.

Certaines cartographies sent devenues un mélange plus ou moins heureux entre les localisations française et les localisations chinoises.

Confusion dans le repérage topographique des points : l’O.M.S. en 1987, 1989 et 1990 s’est penché sur la question de l’auriculothérapie.

L’une de ses premières préoccupations fut la proposition d’une standardisation d’un système permettant le repérage des points sur l’oreille.

Aujourd’hui, différents systèmes sont proposés pour le repérage des zones auriculaires. Certains proposent un quadrillage qui semble bien difficile à utiliser à cause des variations de conformation anatomique des pavillons auriculaires. D’autres proposent un système concentrique dont le centre est un point tragal, d’autres encore proposent un système concentrique autour du point 0.

Dans l’avenir

Nous arriverons sans doute à proposer une cartographie auriculaire standardisée si nous si nous suivons quelques règles simples :

  • Adopter à l’échelon international une oreille et un repérage standards
  • Définir exactement ce que sont les points d’oreille et faire plusieurs cartographies : cartographie des points douloureux et cartographie des points de moindre résistance électrique cutanée
  • Admettre les variations de positionnement des points et parler de zones de probabilité de rencontrer des points plutôt que de simples points
  • Inclure dans les études l’anatomie comparées en tenant compte des variations morphologiques des pavillons auriculaires chez les animaux
  • Définir une méthode standard pour étudier les correspondances oreille-périphérie, périphérie-oreille et oreille-cerveau

Conclusion

L’auriculothérapie repose sur la validité des cartographies auriculaires.

Jusqu’à présent, les méthodes pour définir les points d’oreille ont été principalement cliniques. Il est probable que dans les années futures, la connaissance exacte de la nature des points, l’apport de procédés dynamiques comme l’I.R.M. fonctionnelle, le marquage cellulaire permettront d’améliorer la précision des cartes auriculaires.

Docteur Raphaël Nogier
Observateur à la réunion de Séoul sur l’acupuncture, W.H.O. 1987.
Officier rapporteur du groupe scientifique sur la standardisation de la nomenclature des points d’acupuncture, W.H.O. 1989.
Président du groupe de travail sur la standardisation de la nomenclature des points auriculaires, W.H.O. 1990.

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